Créer un jardin harmonieux et productif est un art qui combine savoir-faire, patience et respect des cycles naturels. Qu'il s'agisse d'une vaste propriété à la campagne ou d'un modeste balcon en milieu urbain, chaque espace vert peut devenir un véritable sanctuaire de biodiversité et de bien-être. Le jardinage écologique s'impose aujourd'hui comme une réponse pertinente aux défis environnementaux, tout en offrant la satisfaction incomparable de cultiver ses propres aliments sains et savoureux.
L'approche permaculturelle, qui gagne en popularité, nous invite à repenser notre rapport au jardinage en s'inspirant des écosystèmes naturels. Cette philosophie propose d'observer attentivement la nature pour créer des systèmes agricoles productifs et résilients, où chaque élément remplit plusieurs fonctions et où les déchets d'un processus deviennent les ressources d'un autre. Le résultat? Des jardins abondants qui demandent moins d'efforts et d'intrants une fois bien établis.
Les techniques présentées ici s'adressent autant aux jardiniers novices qu'aux plus expérimentés souhaitant adopter des pratiques plus durables. De la préparation du sol à la récolte des fruits de son travail, en passant par la gestion écologique des ravageurs, chaque aspect du jardinage peut être optimisé pour créer un espace productif en harmonie avec la nature.
Fondamentaux de la permaculture selon gertrud franck
La permaculture, terme combinant "permanent" et "agriculture", représente bien plus qu'une simple méthode de jardinage. Initiée par Bill Mollison et David Holmgren dans les années 1970, cette approche a été enrichie par de nombreux praticiens, dont Gertrud Franck, pionnière allemande qui a développé un système de culture biologique intensive particulièrement efficace. Sa méthode repose sur l'observation minutieuse des interactions naturelles et sur la création de systèmes agricoles aussi autonomes que possible.
Gertrud Franck a démontré comment un jardin pouvait fonctionner comme un écosystème complet où chaque élément - plantes, insectes, micro-organismes du sol - joue un rôle essentiel. Sa philosophie s'articule autour de quelques principes fondamentaux : cultures associées, couverture permanente du sol, non-labour et fertilisation organique. Ces techniques permettent de maintenir et d'améliorer la fertilité naturelle tout en réduisant considérablement le temps consacré à l'entretien.
La permaculture selon Franck met particulièrement l'accent sur la santé du sol comme fondement d'un jardin productif. Elle préconise d'intervenir le moins possible sur la structure naturelle de la terre, préférant nourrir le sol "par le haut" plutôt que de le perturber par des labours profonds. Cette approche respectueuse favorise le développement d'une vie microbienne riche, véritable moteur de la fertilité.
Technique du jardinage en lasagnes pour un sol vivant
Le jardinage en lasagnes, technique phare inspirée des principes de Gertrud Franck, représente une méthode particulièrement efficace pour créer un sol fertile à partir de presque rien. Cette approche consiste à superposer différentes couches de matériaux organiques, à l'image d'une lasagne culinaire, pour former un substrat riche qui se décompose progressivement.
Pour réaliser une planche de culture en lasagnes, commencez par disposer une couche de carton directement sur le sol, même sur une pelouse existante. Cette base empêchera les herbes indésirables de pousser tout en attirant les vers de terre. Alternez ensuite des couches de matériaux azotés (tontes de gazon, épluchures, fumier) et carbonés (feuilles mortes, paille, broyat de branches) sur une hauteur d'environ 30 à 50 cm. La décomposition progressive de ces matériaux créera un terreau d'une qualité exceptionnelle.
L'avantage de cette technique réside dans sa capacité à transformer rapidement un sol pauvre ou compacté en un milieu de culture idéal. Le jardinage en lasagnes permet également de valoriser de nombreux déchets organiques du jardin et de la cuisine, s'inscrivant parfaitement dans une démarche zéro déchet. Pour un résultat optimal, préparez vos lasagnes quelques mois avant les plantations afin de laisser le temps aux matériaux de se décomposer partiellement.
Association végétale symbiotique dans les parcelles mixtes
Les associations végétales constituent l'un des piliers de la permaculture et s'inspirent directement des écosystèmes naturels où différentes espèces cohabitent harmonieusement. Contrairement à l'agriculture conventionnelle qui privilégie les monocultures, la permaculture encourage la diversité au sein des parcelles pour maximiser les interactions bénéfiques entre plantes.
Certaines associations sont devenues classiques, comme la célèbre "milpa" mésoaméricaine associant maïs, haricots et courges. Dans ce trio, le maïs sert de tuteur aux haricots grimpants qui, étant des légumineuses, fixent l'azote atmosphérique et enrichissent le sol, tandis que les larges feuilles des courges couvrent le sol, limitant l'évaporation et la croissance des adventices. D'autres combinaisons efficaces incluent carottes et oignons, tomates et basilic, ou encore choux et aromates.
Pour réussir vos associations, tenez compte des besoins spécifiques de chaque plante en termes d'espace, de lumière et de nutriments. Certaines plantes exercent également des effets allélopathiques - elles sécrètent des substances qui peuvent favoriser ou inhiber la croissance de leurs voisines. Par exemple, l'aneth stimule la croissance des choux mais peut inhiber celle des carottes. Un tableau des compatibilités peut s'avérer précieux pour planifier vos parcelles mixtes.
Cycles lunaires et calendrier biodynamique pour les semis
Le jardinage biodynamique, développé par Rudolf Steiner dans les années 1920, intègre une dimension cosmique à la culture des plantes en tenant compte des influences lunaires et planétaires. Selon cette approche, les différentes phases de la lune et positions des astres exerceraient une influence significative sur le développement des végétaux, tout comme elles affectent les marées terrestres.
Le calendrier lunaire divise traditionnellement les périodes selon leur influence sur différentes parties des plantes : racines, feuilles, fleurs ou fruits. Ainsi, la lune descendante (période où la lune semble descendre dans le ciel) favoriserait le développement racinaire, rendant cette phase idéale pour planter des légumes-racines comme les carottes ou les pommes de terre. À l'inverse, la lune montante stimulerait la croissance aérienne, propice aux semis de légumes-feuilles.
Le calendrier biodynamique va plus loin en intégrant également l'influence des constellations zodiacales, créant un système complexe de jours favorables à certains types de cultures. Si cette approche peut sembler ésotérique à certains, de nombreux jardiniers expérimentés rapportent des résultats probants en suivant ces principes. Au minimum, le calendrier lunaire offre un cadre structuré pour organiser ses travaux de jardinage au fil des saisons.
Méthode des buttes autofertiles inspirée de sepp holzer
Sepp Holzer, agriculteur autrichien et figure emblématique de la permaculture en climat montagnard, a popularisé la technique des buttes autofertiles, parfois appelées "buttes Holzer". Cette méthode consiste à créer des monticules de terre surélevés au sein desquels se produit une décomposition lente de matière organique, générant chaleur et nutriments sur plusieurs années.
Pour réaliser une butte autofertile, creusez d'abord une tranchée peu profonde et disposez-y des matériaux ligneux (branches, troncs) qui serviront de structure et de réservoir d'eau. Ajoutez ensuite des couches successives de matières organiques diverses: fumier, compost, feuilles mortes, tontes de gazon, paille. Recouvrez finalement l'ensemble de terre fertile mélangée à du compost mûr sur laquelle vous pourrez immédiatement planter.
L'avantage majeur de ces buttes réside dans leur capacité à produire abondamment avec peu d'entretien. La décomposition progressive des matériaux internes libère chaleur et nutriments pendant plusieurs années, créant un microclimat favorable aux cultures. La forme surélevée augmente également la surface cultivable et facilite la cueillette. Dans les régions froides, ces buttes permettent de démarrer les cultures plus tôt grâce à la chaleur dégagée par la décomposition interne et à un réchauffement plus rapide au soleil.
Les buttes autofertiles représentent un investissement initial en travail qui se transforme en années de productivité avec un minimum d'intervention. C'est l'illustration parfaite du principe permaculturel visant à créer des systèmes qui travaillent pour nous plutôt que l'inverse.
Aménagement stratégique des espaces verts
L'aménagement d'un jardin selon les principes de la permaculture ne se limite pas à la simple disposition esthétique des plantes. Il s'agit d'une véritable planification stratégique où chaque élément est positionné de manière à créer des synergies avec son environnement. Cette approche holistique vise à maximiser l'efficacité énergétique du système en réduisant les besoins en maintenance et en ressources externes.
La conception permaculturelle commence généralement par une période d'observation attentive du terrain: identification des microclimats existants, des zones ensoleillées et ombragées, des écoulements d'eau naturels, et des caractéristiques topographiques. Ces observations permettent de cartographier le site en identifiant ses forces et faiblesses, avant même d'envisager les interventions humaines.
Une conception réussie exploite au maximum les ressources naturelles disponibles: le soleil pour l'énergie, la pluie pour l'irrigation, les plantes indigènes pour attirer la biodiversité. L'objectif est de créer un système qui, une fois établi, nécessite de moins en moins d'interventions extérieures pour maintenir sa productivité, un peu comme une forêt naturelle qui se régénère et se maintient sans intervention humaine.
Conception en zones concentriques selon bill mollison
Bill Mollison, cofondateur de la permaculture, a développé le concept de zonage concentrique qui organise l'espace en fonction de la fréquence d'intervention nécessaire. Cette approche pragmatique permet d'optimiser l'énergie humaine en plaçant les éléments nécessitant une attention quotidienne à proximité immédiate de l'habitation, tandis que les éléments plus autonomes sont positionnés plus loin.
La zone 0 représente la maison elle-même, centre de l'activité humaine. La zone 1, adjacente à l'habitation, accueille les cultures nécessitant une attention quotidienne: potager intensif, herbes aromatiques, petits fruits. La zone 2 comprend des éléments visités régulièrement mais pas quotidiennement: verger, composteur, poulailler. La zone 3 est dédiée aux cultures commerciales ou extensives nécessitant peu d'intervention. La zone 4 constitue une zone semi-sauvage gérée pour la cueillette et le fourrage, tandis que la zone 5 reste volontairement sauvage pour observer et s'inspirer des processus naturels.
Cette organisation spatiale permet non seulement d'économiser du temps et de l'énergie, mais favorise également une observation plus régulière des cultures nécessitant des soins fréquents. Les visites quotidiennes en zone 1 permettent de détecter rapidement d'éventuels problèmes et d'intervenir avant qu'ils ne prennent de l'ampleur, illustrant parfaitement l'adage permaculturel selon lequel "le meilleur outil du jardinier est son ombre".
Microclimats et expositions solaires pour cultures spécifiques
La compréhension et l'utilisation des microclimats représentent un aspect fondamental de l'aménagement permaculturel. Un microclimat est une zone où les conditions climatiques diffèrent légèrement de l'environnement général, offrant des opportunités spécifiques pour certaines cultures. Ces variations peuvent être naturelles ou créées intentionnellement par le jardinier.
Les murs orientés au sud, par exemple, accumulent la chaleur pendant la journée et la restituent pendant la nuit, créant un microclimat favorable aux plantes méditerranéennes ou frileuses. À l'inverse, le nord d'un bâtiment ou d'une haie dense offre un environnement frais et ombragé propice aux cultures qui souffrent des fortes chaleurs estivales comme certaines salades ou les framboises d'automne.
Pour identifier et exploiter ces microclimats, observez attentivement comment le soleil traverse votre jardin au fil des saisons. Notez où s'accumulent les feuilles mortes (indiquant des courants d'air), où la neige fond en dernier (zones plus froides) ou où l'eau stagne après la pluie. Ces observations vous permettront de créer une carte des microclimats de votre jardin et d'y associer les cultures les plus adaptées, optimisant ainsi naturellement leur croissance sans recourir à des interventions énergivores.
Système d'irrigation goutte-à-goutte automatisé économe en eau
Face aux défis climatiques et à la raréfaction des ressources en eau, l'irrigation efficiente devient une priorité pour tout jardinier responsable. Le système goutte-à-goutte représente l'une des solutions les plus performantes, délivrant l'eau directement à la base des plantes, là où elle est nécessaire, et réduisant considérablement les pertes par évaporation ou ruissellement.
Un système goutte-à-goutte bien conçu peut économiser jusqu'à 70% d'eau par rapport à l'arrosage traditionnel par aspersion. Il consiste en un réseau de tuyaux perforés ou équipés de goutteurs qui distribuent l'eau lentement et régulièrement. Cette méthode favorise également un développement racinaire plus profond, car l'humidité pénètre verticalement dans le sol plutôt que de rester en surface.
L'automatisation du système via un programmateur permet d'optimiser davantage la consommation d'eau en adaptant l'arrosage aux besoins réels des plantes. Des capteurs d'humidité du sol peuvent être intégr
és au système, suspendant automatiquement l'arrosage en cas de pluie ou lorsque le sol est suffisamment humide. Pour les jardiniers soucieux de leur empreinte écologique, l'installation peut être alimentée par une citerne de récupération d'eau de pluie et même fonctionner à l'énergie solaire.Un système d'irrigation bien pensé suit également les principes de zonage permaculturel, en adaptant l'intensité et la fréquence d'arrosage aux besoins spécifiques de chaque zone du jardin. Les plantes gourmandes en eau seront regroupées pour optimiser la distribution, tandis que les végétaux adaptés à la sécheresse pourront être placés dans des zones recevant moins d'eau.
Haies fruitières comme brise-vent et corridors écologiques
Les haies fruitières multifonctionnelles représentent une alternative écologique et productive aux traditionnelles clôtures ou haies monospécifiques. En plus de délimiter l'espace et de protéger l'intimité, elles offrent une production alimentaire variée tout en jouant un rôle écologique majeur comme corridor pour la biodiversité et protection contre les éléments.
Une haie fruitière bien conçue intègre différentes strates végétales: arbres fruitiers de haute tige (pommiers, poiriers), arbustes à baies (cassis, groseilliers, amelanchiers), arbustes fixateurs d'azote (argousiers, eleagnus), plantes grimpantes (kiwis, vignes) et plantes herbacées comestibles en bordure. Cette structure étagée maximise l'utilisation de l'espace vertical et crée différentes niches écologiques favorables à la faune auxiliaire.
En tant que brise-vent, ces haies protègent les cultures des vents desséchants et des tempêtes, créant un microclimat favorable dans leur abri. Une haie bien positionnée peut réduire la vitesse du vent jusqu'à 60% sur une distance équivalente à 10 fois sa hauteur, ce qui se traduit par une augmentation significative des rendements des cultures protégées. De plus, en connectant différentes zones naturelles de votre propriété, ces haies facilitent le déplacement de la faune bénéfique comme les pollinisateurs et les prédateurs naturels de ravageurs.
Gestion écologique des auxiliaires et ravageurs
La gestion des ravageurs en permaculture s'éloigne radicalement des approches conventionnelles basées sur l'élimination systématique des "nuisibles". Elle privilégie plutôt une vision écosystémique où l'équilibre naturel entre les populations d'insectes et autres organismes est favorisé. L'objectif n'est pas d'éradiquer totalement les ravageurs, mais de maintenir leurs populations sous un seuil de nuisibilité économique.
Cette approche repose sur la compréhension des cycles de vie des organismes présents au jardin et des interactions complexes qui les lient. En favorisant la biodiversité fonctionnelle, le jardinier permaculteur crée un système résilient où les mécanismes naturels de régulation peuvent s'exprimer pleinement. La présence d'une certaine quantité de ravageurs est même considérée comme nécessaire pour maintenir les populations d'auxiliaires bénéfiques.
Les stratégies de gestion écologique combinent des méthodes préventives (diversification des cultures, rotations) et des interventions ciblées utilisant des substances naturelles ou des organismes bénéfiques. Cette approche holistique demande certes plus d'observation et de compréhension qu'une simple pulvérisation chimique, mais offre des résultats plus durables et respectueux de l'environnement.
Plantes compagnes répulsives comme la tanaisie et l'absinthe
Certaines plantes produisent naturellement des composés qui repoussent ou perturbent le comportement des ravageurs. Intégrer ces plantes compagnes répulsives dans votre jardin constitue une stratégie de bio-protection efficace et élégante. La tanaisie (Tanacetum vulgare) et l'absinthe (Artemisia absinthium) font partie des plus puissantes de ces "plantes protectrices".
La tanaisie, avec ses fleurs jaunes en boutons et son feuillage finement découpé, dégage une odeur camphrée qui repousse efficacement les fourmis, pucerons, mouches de la carotte et certains coléoptères. Plantée en bordure du potager ou intercalée entre les légumes sensibles, elle crée une barrière olfactive que de nombreux insectes ravageurs évitent de franchir. L'absinthe, quant à elle, contient des composés amers qui découragent une grande variété d'insectes, notamment les altises, la piéride du chou et certains charançons.
D'autres plantes aromatiques comme la lavande, la sauge, le romarin ou le thym jouent également ce rôle protecteur tout en apportant une dimension culinaire et esthétique au jardin. Pour maximiser leur efficacité, disposez ces plantes répulsives en bordure des planches de culture, aux quatre coins du potager, ou directement intercalées avec les légumes sensibles aux attaques. Un jardin qui intègre intelligemment ces plantes compagnes voit généralement une réduction significative des problèmes parasitaires sans recourir aux traitements chimiques.
Hôtels à insectes et nichoirs pour mésanges prédatrices
Attirer et héberger la faune auxiliaire représente l'une des stratégies les plus efficaces pour maintenir l'équilibre écologique du jardin. Les hôtels à insectes et les nichoirs pour oiseaux insectivores constituent des infrastructures écologiques qui favorisent l'installation permanente de précieux alliés dans la lutte contre les ravageurs.
Un hôtel à insectes bien conçu propose différents habitats adaptés aux besoins spécifiques de diverses espèces bénéfiques. Les tiges creuses ou à moelle tendre (bambou, sureau, framboisier) accueillent les abeilles solitaires comme les osmies, pollinisateurs exceptionnels. Les petites bûches percées hébergent les chrysopes dont les larves dévorent pucerons et cochenilles. Les compartiments remplis de paille ou de pommes de pin attirent les coccinelles, prédatrices voraces de pucerons, tandis que les espaces garnis de bois mort et d'écorces offrent refuge aux carabes, chasseurs nocturnes de limaces.
Les mésanges méritent une attention particulière pour leur appétit insatiable d'insectes. Une famille de mésanges charbonnières peut consommer jusqu'à 10 000 chenilles pendant la période de nourrissage des oisillons ! L'installation de nichoirs spécifiques, avec une ouverture de 28 à 32 mm de diamètre selon l'espèce ciblée, favorise leur nidification. Positionnez ces nichoirs à 2-3 mètres de hauteur, face au sud-est pour éviter les vents dominants, et suffisamment éloignés les uns des autres pour respecter le comportement territorial de ces oiseaux.
La présence d'un couple de mésanges bleues dans mon verger a complètement éliminé les problèmes de chenilles processionnaires qui ravageaient mes pins les années précédentes. L'observation de ces petits oiseaux décortiquant méthodiquement les cocons m'a convaincu de l'efficacité de cette approche naturelle.
Préparations naturelles à base de purin d'ortie et de prêle
Les préparations à base de plantes, souvent appelées "purins végétaux", constituent un arsenal précieux pour le jardinier écologique. Ces extraits fermentés concentrent les principes actifs des plantes et peuvent être utilisés tant comme fertilisants que comme renforçateurs naturels des défenses des végétaux contre les maladies et ravageurs.
Le purin d'ortie, préparation emblématique, s'obtient en faisant macérer des orties fraîches (sans racines) dans de l'eau de pluie pendant 1 à 2 semaines. Riche en azote, oligo-éléments et phytohormones, il stimule la croissance des plantes et renforce leur résistance naturelle aux maladies. Dilué à 5-10%, il sert d'activateur de croissance; à 20%, il devient un répulsif efficace contre pucerons et acariens.
Le purin de prêle, quant à lui, est particulièrement précieux pour ses propriétés antifongiques dues à sa haute teneur en silice. Préparé de manière similaire mais avec une macération plus longue (environ 3 semaines), il constitue un traitement préventif remarquable contre l'oïdium, le mildiou et la rouille. Pour une efficacité optimale, pulvérisez-le en préventif tous les 10-15 jours sur les plantes sensibles, de préférence par temps sec et tôt le matin.
D'autres macérations utiles incluent la consoude (riche en potasse, idéale pour les plantes en fleurs et fruits), la fougère (répulsive contre pucerons et limaces) et l'ail (antifongique et insectifuge puissant). Ces préparations naturelles peuvent être confectionnées facilement à la maison, offrant une alternative économique et écologique aux produits commerciaux.
Lutte intégrée et introduction de nématodes bénéfiques
La lutte intégrée représente une approche sophistiquée qui combine différentes méthodes de contrôle des ravageurs en privilégiant les solutions les moins impactantes pour l'environnement. Dans ce cadre, l'introduction ciblée d'organismes bénéfiques, comme les nématodes entomopathogènes, constitue une stratégie particulièrement efficace contre certains ravageurs récalcitrants.
Les nématodes bénéfiques sont des vers microscopiques qui parasitent spécifiquement certains insectes nuisibles. Par exemple, Steinernema feltiae cible efficacement les larves de mouches et de sciarides, tandis que Heterorhabditis bacteriophora s'attaque aux larves de hannetons et d'otiorhynques. Ces organismes présentent l'avantage considérable d'être inoffensifs pour les humains, les animaux domestiques et les insectes non ciblés comme les pollinisateurs.
Pour une application réussie, les nématodes doivent être introduits dans un sol humide et à température adéquate (généralement entre 12° et 25°C selon les espèces). L'arrosage s'effectue préférentiellement en soirée ou par temps couvert pour protéger ces organismes sensibles aux rayons UV. L'efficacité du traitement dépend de la correspondance précise entre l'espèce de nématode utilisée et le ravageur ciblé, ainsi que du respect des conditions d'application. Cette méthode, bien que plus coûteuse que certaines alternatives, offre une solution élégante et précise à des problèmes spécifiques sans perturber l'équilibre global du jardin.
Potagers urbains et solutions pour espaces restreints
Le manque d'espace ne devrait jamais constituer un frein à la pratique du jardinage écologique. Les environnements urbains, malgré leurs contraintes évidentes, offrent de nombreuses opportunités pour créer des écosystèmes productifs à petite échelle. Balcons, terrasses, rebords de fenêtres et même murs peuvent se transformer en véritables oasis de biodiversité et de production alimentaire.
L'approche permaculturelle s'adapte particulièrement bien aux espaces restreints en mettant l'accent sur l'optimisation de chaque centimètre carré disponible. La culture verticale, la superposition des végétaux, l'utilisation ingénieuse des microclimats urbains et la sélection rigoureuse d'espèces adaptées permettent de maximiser la productivité tout en créant des espaces esthétiquement plaisants.
Les potagers urbains remplissent également une fonction sociale et pédagogique importante, reconnectant les citadins aux cycles naturels et à l'origine de leur alimentation. Ils peuvent devenir des lieux d'échange et de partage, véritables catalyseurs de communautés plus résilientes et écologiquement conscientes. De plus, ces îlots de verdure contribuent à l'amélioration du microclimat urbain en luttant contre les îlots de chaleur et en favorisant une meilleure gestion des eaux pluviales.
Compostage avancé et techniques de fertilisation naturelle
La fertilité du sol représente le fondement d'un jardin productif et résilient. Plutôt que de dépendre d'intrants externes, la permaculture vise à créer des cycles fermés où les "déchets" deviennent des ressources précieuses. Le compostage, dans ses différentes formes, constitue la pierre angulaire de cette approche circulaire en transformant les résidus organiques en un amendement incomparable pour nourrir le sol et les plantes.
Au-delà du simple tas de compost traditionnel, diverses techniques avancées permettent d'adapter le processus à différents contextes et besoins spécifiques. Le compost thermophile, le vermicompostage, le bokashi et les thés de compost représentent autant d'alternatives complémentaires permettant de valoriser efficacement la matière organique tout en produisant des amendements ciblés pour différentes utilisations au jardin.
Ces approches s'inscrivent dans une vision holistique de la fertilité où le sol est considéré comme un organisme vivant complexe qu'il convient de nourrir et de protéger. En comprenant les besoins spécifiques des différents types de sols et de cultures, le jardinier permaculteur peut élaborer une stratégie de fertilisation sur mesure, économique et respectueuse de l'environnement.
Vermicompostage avec eisenia fetida pour appartements
Le vermicompostage représente une solution idéale pour recycler les déchets organiques en milieu urbain, même dans un appartement sans accès à un jardin. Cette technique utilise des vers spécialisés, principalement Eisenia fetida (ver tigré) ou Eisenia andrei (ver rouge), pour décomposer rapidement les matières organiques en un humus d'une qualité exceptionnelle.
Un lombricomposteur domestique se compose généralement de plusieurs plateaux superposés dans lesquels les vers circulent librement. Les déchets frais sont placés dans le plateau supérieur, tandis que le compost mûr s'accumule dans les plateaux inférieurs. Un bac collecteur récupère le "thé de vers", un liquide nutritif résultant de la percolation, qui constitue un excellent fertilisant liquide une fois dilué.
Contrairement aux idées reçues, un lombricomposteur bien géré