L'archéologie moderne redéfinit constamment notre compréhension du passé. À mesure que de nouvelles techniques d'investigation et des découvertes révolutionnaires émergent, les récits historiques établis sont remis en question. Des temples néolithiques prédatant l'agriculture aux civilisations urbaines méconnues, ces trouvailles bouleversent la chronologie conventionnelle et remettent en cause les théories sur le développement des sociétés humaines. Les technologies avancées comme le LiDAR et l'analyse génétique offrent désormais des perspectives inédites, révélant des aspects jusqu'ici invisibles des civilisations disparues et leurs réponses aux défis environnementaux. Cette révolution archéologique ne se contente pas de repousser les limites temporelles de l'histoire humaine mais reconsidère également la place des groupes marginalisés dans les récits historiques.
Les découvertes archéologiques néolithiques qui bouleversent notre compréhension des premières civilisations
Le paradigme traditionnel suggérant que l'agriculture a précédé le développement des structures monumentales et l'émergence des sociétés complexes s'effondre face aux découvertes récentes. Des sites archéologiques majeurs révèlent désormais que les humains du Néolithique possédaient des capacités organisationnelles et techniques bien plus sophistiquées qu'on ne le pensait auparavant. Ces découvertes prouvent que les communautés préhistoriques pouvaient mobiliser une main-d'œuvre considérable et concevoir des structures architecturales complexes avant même l'établissement de sociétés agricoles permanentes.
L'image d'une évolution linéaire et progressive des sociétés humaines, où l'agriculture précède nécessairement le développement culturel et religieux, est aujourd'hui profondément remise en question . Les datations au radiocarbone et les analyses stratigraphiques modernes démontrent que certaines constructions monumentales précèdent l'adoption généralisée de l'agriculture, suggérant que les motivations religieuses et rituelles ont pu être des moteurs essentiels du développement des premières sociétés sédentaires.
Le site de göbekli tepe en turquie et ses implications sur les origines du culte religieux
Découvert dans le sud-est de la Turquie, Göbekli Tepe représente une révolution dans notre compréhension des sociétés préhistoriques. Datant d'environ 9500 avant notre ère, ce site monumental présente des piliers en forme de T finement sculptés, organisés en cercles, et précède de plusieurs millénaires les premières traces connues d'agriculture dans la région. Cette chronologie inverse le modèle établi selon lequel les sociétés devaient d'abord maîtriser l'agriculture avant de pouvoir ériger des structures monumentales.
Les structures de Göbekli Tepe démontrent que les capacités d'organisation sociale complexe existaient bien avant les sociétés agricoles. Cette découverte fondamentale oblige à reconsidérer l'importance des pratiques rituelles comme moteur de l'évolution sociale humaine.
Les fouilles ont révélé au moins 20 cercles de pierre, chacun comportant des piliers monolithiques pesant jusqu'à 10 tonnes. Ces piliers sont ornés de sculptures élaborées représentant des animaux sauvages, suggérant un riche univers symbolique. L'absence de preuves d'habitation permanente indique que Göbekli Tepe était probablement un lieu de rassemblement rituel pour des groupes de chasseurs-cueilleurs dispersés, capable de mobiliser une main-d'œuvre considérable pour des projets monumentaux.
Les structures mégalithiques de gunung padang en indonésie datées de 20 000 ans
Le site de Gunung Padang, situé à Java Ouest en Indonésie, représente potentiellement la structure mégalithique la plus ancienne jamais découverte. Des analyses controversées suggèrent que les parties les plus profondes du site pourraient dater d'environ 20 000 ans, ce qui remettrait en question l'ensemble de notre chronologie de l'évolution culturelle humaine. Si ces datations sont confirmées, elles indiqueraient que des sociétés capables de construire des structures monumentales existaient dès le Paléolithique supérieur.
Les techniques de datation par luminescence stimulée optiquement
et les analyses géologiques ont identifié plusieurs couches d'activité humaine, montrant une occupation continue sur des millénaires. La structure pyramidale comprend des terrasses successives, des chambres internes et un système complexe de drainage, témoignant d'une ingénierie sophistiquée. Ces découvertes soulèvent des questions fondamentales sur les capacités techniques des sociétés préhistoriques en Asie du Sud-Est.
La révision de la chronologie des civilisations urbaines à tell brak en syrie
Le site archéologique de Tell Brak, dans le nord-est de la Syrie, a révolutionné notre compréhension de l'urbanisation au Proche-Orient. Contrairement à l'idée que les premières villes se sont développées exclusivement dans le sud mésopotamien (l'actuel Irak), les fouilles à Tell Brak démontrent l'existence d'un centre urbain important dès 4200 avant notre ère, antérieur ou contemporain des premières cités sumériennes.
L'urbanisation à Tell Brak présente un modèle distinct, caractérisé par une croissance "de l'extérieur vers l'intérieur", où plusieurs petites communautés se sont progressivement agglomérées pour former une cité. Ce modèle contraste avec le développement "du centre vers l'extérieur" observé dans le sud mésopotamien. Des preuves archéologiques de production artisanale spécialisée, de hiérarchie sociale et d'échanges commerciaux à longue distance suggèrent l'émergence d'une société urbaine complexe indépendante des influences sumériennes.
Les techniques agricoles avancées révélées par les fouilles à çatalhöyük
Çatalhöyük, située dans l'actuelle Turquie, était l'une des plus grandes agglomérations du Néolithique, occupée entre 7500 et 5700 avant notre ère. Les fouilles extensives ont révélé une ville densément peuplée sans rues apparentes, où les habitants se déplaçaient sur les toits et accédaient à leurs maisons par des échelles. Cette organisation spatiale unique témoigne d'adaptations sociales spécifiques aux premiers contextes urbains.
Les analyses archéobotaniques ont mis en évidence des pratiques agricoles sophistiquées, incluant l'irrigation, la rotation des cultures et la sélection des semences. Les habitants de Çatalhöyük cultivaient plusieurs variétés de blé et d'orge, élevaient du bétail et complétaient leur alimentation par la chasse et la cueillette. Cette gestion diversifiée des ressources alimentaires démontre une compréhension avancée des écosystèmes locaux et des techniques agricoles durables.
Les peintures murales et les figurines découvertes sur le site suggèrent un monde symbolique riche, où les représentations animales et les figures féminines occupent une place prépondérante. Ces expressions artistiques offrent un aperçu unique des croyances religieuses et de l'organisation sociale de cette communauté néolithique, révélant la complexité culturelle des premières sociétés agricoles.
Technologies avancées et méthodes scientifiques révolutionnant l'archéologie moderne
L'archéologie contemporaine ne ressemble plus guère à celle pratiquée il y a quelques décennies. Les technologies de pointe transforment radicalement les méthodes d'investigation, permettant d'examiner des sites sans excavation destructive et de révéler des informations jusqu'alors inaccessibles. Ces innovations offrent des perspectives inédites sur les civilisations disparues, leurs mouvements migratoires et leurs adaptations environnementales.
L'intégration des sciences naturelles à l'archéologie traditionnelle a créé un champ interdisciplinaire dynamique, où physiciens, chimistes, biologistes et informaticiens collaborent avec les archéologues. Cette approche holistique, parfois appelée archéométrie , permet d'extraire un maximum d'informations des vestiges matériels et de reconstruire avec précision les environnements passés, les régimes alimentaires, les techniques de production et même les structures sociales des populations anciennes.
L'apport du LiDAR dans la cartographie des cités mayas perdues au guatemala
La technologie LiDAR (Light Detection And Ranging) a révolutionné l'archéologie maya en permettant de cartographier des structures cachées sous l'épaisse canopée de la forêt tropicale. En 2018, un projet majeur utilisant cette technologie a révélé plus de 60 000 structures mayas auparavant inconnues dans la région du Petén au Guatemala, suggérant une population bien plus importante que les estimations précédentes, avec peut-être 10 à 15 millions d'habitants dans les basses terres mayas.
Le LiDAR fonctionne en émettant des impulsions laser qui traversent la végétation et rebondissent sur le sol, permettant de créer des modèles numériques de terrain d'une précision remarquable. Cette technique a permis d'identifier des fortifications, des réseaux routiers, des canaux d'irrigation et des terrasses agricoles invisibles depuis le sol, révélant un paysage entièrement modifié par l'activité humaine.
Ces découvertes remettent en question l'image traditionnelle des cités mayas comme des centres cérémoniels isolés dans la jungle. Elles révèlent plutôt un réseau dense d'établissements interconnectés avec une gestion sophistiquée des ressources naturelles. L'ampleur des modifications du paysage suggère un niveau d'organisation sociale et politique bien plus élaboré qu'on ne le pensait auparavant.
L'analyse de l'ADN ancien et la reconstitution des migrations préhistoriques européennes
Les avancées en génétique ont transformé notre compréhension des mouvements de population dans la préhistoire. L'extraction et le séquençage de l'ADN ancien ( ADNa
) permettent désormais d'identifier les liens biologiques entre différentes populations préhistoriques et de tracer leurs déplacements avec une précision inédite.
En Europe, ces analyses ont révélé trois grandes vagues migratoires qui ont façonné le paysage génétique actuel: les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, les premiers agriculteurs venus d'Anatolie vers 7000 avant notre ère, et les populations des steppes eurasiatiques associées à la culture Yamna vers 3000 avant notre ère. Cette dernière migration coïncide avec l'expansion des langues indo-européennes et l'introduction de nouvelles technologies, notamment la métallurgie du bronze et la domestication du cheval.
L'analyse génétique des restes humains anciens a transformé notre compréhension des migrations préhistoriques, remplaçant les hypothèses basées uniquement sur la culture matérielle par des preuves biologiques directes des mouvements de population.
L'archéologie sous-marine et la redécouverte de Thônis-Héracléion en égypte
L'archéologie sous-marine utilise désormais des technologies avancées comme la bathymétrie multifaisceaux, le sonar à balayage latéral et les véhicules sous-marins autonomes pour explorer les sites submergés. Ces méthodes ont permis la découverte spectaculaire de Thônis-Héracléion, une cité égyptienne engloutie dans la baie d'Aboukir, près d'Alexandrie.
Mentionnée dans les textes anciens mais considérée comme mythique pendant des siècles, cette ville portuaire prospère a été redécouverte en 2000. Les fouilles ont révélé des temples monumentaux, des statues colossales, plus de 700 ancres antiques et 64 épaves, témoignant de l'importance commerciale de ce port qui contrôlait l'entrée du Nil jusqu'à sa submersion au VIIIe siècle de notre ère.
La préservation exceptionnelle des matériaux organiques en milieu subaquatique a permis de récupérer des artefacts en bois, des textiles et même des offrandes alimentaires, offrant un aperçu unique de la vie quotidienne et des pratiques rituelles dans cette cité cosmopolite où se mêlaient influences égyptiennes et grecques.
Les techniques de datation par luminescence stimulée optiquement appliquées aux sites paléolithiques
La luminescence stimulée optiquement (OSL) a considérablement amélioré notre capacité à dater les sites préhistoriques, particulièrement pour les périodes au-delà de la portée du radiocarbone (environ 50 000 ans). Cette technique mesure le temps écoulé depuis la dernière exposition à la lumière des minéraux comme le quartz ou le feldspath, permettant de dater directement les sédiments plutôt que les matériaux organiques souvent absents des sites très anciens.
L'application de l'OSL aux sites paléolithiques en Afrique, en Asie et en Australie a permis d'établir une chronologie plus précise de la dispersion d' Homo sapiens hors d'Afrique. En Australie, ces datations ont repoussé la présence humaine à plus de 65 000 ans, soit près de 20 000 ans plus tôt que les estimations précédentes, modifiant profondément notre compréhension des capacités de navigation et d'adaptation des premiers humains modernes.
Cette méthode a également contribué à résoudre des controverses importantes, comme la chronologie d'occupation de l'Europe par Néandertal et Homo sapiens , en fournissant des datations indépendantes qui complètent et parfois corrigent les dates obtenues par radiocarbone.
Civilisations antiques effacées des récits historiques conventionnels
L'histoire telle qu'elle est traditionnellement enseignée se concentre sur un nombre limité de civilisations considérées comme fondatrices: l'Égypte, la Mésopotamie, l'Inde, la Chine et, plus tard, la Grèce et Rome. Cette vision restrictive ignore de nombreuses sociétés complexes qui ont prospéré à travers le monde et ont développé des innovations culturelles, technologiques et politiques remarquables. L'archéologie moderne révèle progressivement ces "civilisations oubliées" et rétablit leur importance dans l'histoire mondiale.
Ces cultures anciennes n'étaient pas isolées mais participaient à des réseaux d'échanges étendus qui connectaient des régions éloignées. Leurs innovations technologiques, leurs systèmes d'écriture et leurs organisations sociales
complexes étaient souvent aussi avancées que celles des civilisations plus connues, démontrant la diversité des trajectoires du développement humain. Ces redécouvertes nous obligent à adopter une vision plus inclusive et multipolaire de l'histoire mondiale.
La culture de vinča et ses systèmes d'écriture précédant la mésopotamie
La culture de Vinča, qui s'est épanouie dans les Balkans entre 5700 et 4500 avant notre ère, représente l'une des sociétés néolithiques les plus avancées d'Europe. Les fouilles dans plus de 200 sites en Serbie, Roumanie, Bulgarie et Macédoine ont révélé des établissements proto-urbains comportant des milliers d'habitations, témoignant d'une forte densité démographique et d'une organisation sociale complexe bien avant l'âge du bronze.
Cette civilisation a développé un système de symboles gravés sur des tablettes d'argile et des figurines, connu sous le nom de "signes de Vinča". Datant d'environ 5300 avant notre ère, ces symboles constituent potentiellement le plus ancien système d'écriture au monde, prédatant de près de 2000 ans les premières écritures mésopotamiennes. Bien que le déchiffrement de ces signes reste incomplet, leur utilisation standardisée sur une vaste région suggère un système de communication partagé.
Les recherches récentes sur la culture de Vinča remettent en question le récit traditionnel plaçant la naissance de l'écriture exclusivement en Mésopotamie. Ces découvertes suggèrent que le développement de systèmes de communication symboliques complexes a pu émerger indépendamment dans plusieurs foyers de civilisation.
Les habitants de Vinča maîtrisaient également la métallurgie du cuivre dès 5000 avant notre ère, faisant d'eux les premiers métallurgistes d'Europe. Cette innovation technologique, couplée à leur production céramique sophistiquée et leurs figurines anthropomorphiques élaborées, démontre un niveau de développement culturel et technique remarquable qui a longtemps été sous-estimé dans les récits historiques conventionnels.
Le royaume oublié de punt et ses relations commerciales avec l'égypte ancienne
Le mystérieux royaume de Punt, souvent désigné comme la "Terre divine" dans les textes égyptiens, a entretenu des relations commerciales avec l'Égypte pendant plus de 1000 ans, du troisième millénaire jusqu'à environ 1000 avant notre ère. Malgré son importance dans les récits égyptiens, sa localisation précise a longtemps échappé aux chercheurs, les hypothèses oscillant entre la Somalie, l'Érythrée, le Yémen et le Soudan.
Les recherches archéologiques récentes dans la région de la mer Rouge, notamment à Mersa/Wadi Gawasis en Égypte, ont révélé des dépôts de matériaux exotiques et des inscriptions documentant les expéditions vers Punt. L'analyse des restes botaniques, notamment de l'encens et de la myrrhe, ainsi que des études paléoenvironnementales, tendent à situer Punt dans la région de la corne de l'Afrique, probablement entre l'Érythrée et le nord de la Somalie.
Les échanges avec Punt ont fourni à l'Égypte des produits de luxe essentiels à ses pratiques religieuses et funéraires, incluant des résines aromatiques, de l'or, de l'ébène, de l'ivoire et des animaux exotiques. Le célèbre relief du temple de Deir el-Bahari illustre l'expédition de la reine Hatchepsout vers Punt, représentant des habitations sur pilotis, la faune locale et les habitants avec leurs caractéristiques physiques distinctives, offrant un rare aperçu de cette civilisation méconnue.
L'empire maritime de dilmun dans le golfe persique et son réseau commercial
Dilmun, centré sur l'actuel Bahreïn mais s'étendant probablement jusqu'aux côtes d'Arabie Saoudite et du Kuwait, constitua une puissance commerciale majeure dans le Golfe Persique entre 2200 et 1600 avant notre ère. Mentionné dans les textes sumériens comme un "lieu pur" et un paradis mythique, Dilmun joua un rôle crucial comme intermédiaire commercial entre la Mésopotamie et la civilisation de l'Indus.
Les fouilles archéologiques ont révélé un réseau urbain sophistiqué, avec la cité de Qal'at al-Bahrain comme centre principal, entourée de remparts imposants et dotée d'un complexe palatial. Les recherches sous-marines ont identifié d'anciens ports et des routes maritimes, témoignant d'un empire essentiellement tourné vers la mer. La découverte de sceaux et d'objets provenant de Mésopotamie, de l'Indus, d'Iran et d'Asie centrale atteste de l'étendue de son réseau commercial.
L'économie de Dilmun reposait principalement sur le commerce du cuivre omanais, des perles du Golfe, de l'ivoire africain et des produits manufacturés de l'Indus vers les marchés mésopotamiens. Son système administratif élaboré, documenté par des tablettes en écriture cunéiforme découvertes à Bahreïn, révèle une société hiérarchisée avec une classe marchande puissante. Le déclin de Dilmun coïncide avec l'effondrement des grandes civilisations de l'âge du bronze, illustrant l'interdépendance des réseaux commerciaux antiques.
La civilisation de la vallée de l'indus et ses technologies hydrauliques sophistiquées
La civilisation de la vallée de l'Indus (ou harappéenne), qui s'est épanouie entre 2600 et 1900 avant notre ère sur les territoires actuels du Pakistan et du nord-ouest de l'Inde, représente l'une des trois premières civilisations urbaines de l'Antiquité. Malgré son importance comparable à l'Égypte et à la Mésopotamie, elle reste relativement méconnue du grand public, en partie en raison de son écriture non déchiffrée.
Les cités harappéennes, comme Mohenjo-Daro et Harappa, se distinguaient par un urbanisme remarquablement standardisé avec des rues organisées selon un plan orthogonal, des infrastructures hydrauliques sans équivalent dans le monde antique et des bâtiments en briques cuites d'une qualité exceptionnelle. L'analyse des systèmes hydrauliques révèle une maîtrise technique impressionnante: réseaux d'approvisionnement en eau, systèmes d'évacuation des eaux usées, bains publics et privés dotés de systèmes d'étanchéité sophistiqués.
La gestion de l'eau
constituait un élément central de cette civilisation, avec la construction de réservoirs monumentaux comme le Grand Bain de Mohenjo-Daro et des systèmes de drainage urbains connectés à des égouts collecteurs. Ces innovations technologiques, à une époque où même les cités mésopotamiennes ne disposaient pas d'installations sanitaires comparables, témoignent d'une préoccupation exceptionnelle pour l'hygiène publique et d'une ingénierie hydraulique avancée.
Controverses archéologiques contemporaines et leurs implications historiques
L'archéologie n'est pas une science figée où règne le consensus. De nombreuses découvertes suscitent des débats passionnés entre chercheurs, remettant en question des paradigmes établis et ouvrant de nouvelles perspectives sur notre passé. Ces controverses illustrent la nature dynamique de notre compréhension historique, constamment révisée à la lumière de nouvelles preuves et méthodologies.
Les désaccords portent souvent sur l'interprétation des données plutôt que sur les découvertes elles-mêmes. Les mêmes vestiges peuvent être interprétés différemment selon les cadres théoriques adoptés, les méthodes de datation appliquées ou les contextes culturels considérés. Ces débats, loin d'affaiblir la discipline, témoignent de sa vitalité intellectuelle et de sa capacité à s'autoévaluer constamment.
Plusieurs controverses majeures animent actuellement le champ archéologique, concernant notamment la datation des premiers peuplements des Amériques, l'interprétation de sites mégalithiques comme Göbekli Tepe, ou encore la nature des interactions entre Néandertaliens et Homo sapiens. Ces débats ne sont pas seulement académiques; ils touchent à des questions fondamentales sur l'identité humaine, les capacités cognitives de nos ancêtres et les trajectoires alternatives du développement culturel.
L'impact des changements climatiques sur l'effondrement des civilisations anciennes
L'archéologie environnementale moderne, combinant analyses paléoclimatiques, archéobotaniques et géoarchéologiques, révèle que les fluctuations climatiques ont joué un rôle déterminant dans l'évolution des civilisations anciennes. Loin d'être de simples toiles de fond, ces changements environnementaux ont souvent constitué des facteurs décisifs dans l'émergence, l'adaptation et parfois l'effondrement de sociétés complexes à travers le monde.
Les recherches interdisciplinaires démontrent que les sociétés anciennes ont développé diverses stratégies d'adaptation face aux variations climatiques, depuis les innovations technologiques jusqu'aux réorganisations sociales et politiques. Leur résilience dépendait de multiples facteurs, incluant la diversification des ressources, la flexibilité des systèmes de production et la capacité à maintenir des réseaux d'échange robustes en période de stress environnemental.
L'étude de ces adaptations et effondrements passés offre des perspectives précieuses pour comprendre les défis contemporains liés au changement climatique. Les exemples historiques révèlent à la fois la vulnérabilité des sociétés humaines face aux perturbations environnementales majeures et leur capacité à innover pour y répondre, illustrant l'importance cruciale de la diversité des stratégies d'adaptation.
La sécheresse prolongée et la disparition de la civilisation maya classique
L'effondrement de la civilisation maya classique dans les basses terres du sud entre 750 et 950 de notre ère constitue l'un des cas les plus étudiés de déclin civilisationnel. Les analyses des sédiments lacustres, des spéléothèmes (formations calcaires dans les grottes) et des isotopes d'oxygène ont révélé que cette période coïncide avec une série de sécheresses sévères, culminant avec une "mégasécheresse" entre 800 et 950 CE, la plus intense des 2000 dernières années dans la région.
Cette crise climatique a frappé une société déjà vulnérable en raison de facteurs internes. La densité démographique extraordinaire des centres mayas – jusqu'à 1000 habitants par kilomètre carré dans certaines régions – combinée à une agriculture intensive et à la déforestation, avait créé un système écologiquement fragile. Les villes dépendaient d'infrastructures hydrauliques complexes (réservoirs, canaux) qui sont devenues insuffisantes face à des sécheresses prolongées.
La chute des Mayas illustre comment les changements climatiques peuvent amplifier des vulnérabilités préexistantes dans des sociétés complexes. Ce n'est pas tant la sécheresse seule qui a provoqué l'effondrement, mais son interaction avec des systèmes sociopolitiques et environnementaux déjà sous tension.
Les inscriptions hiéroglyphiques de la période finale révèlent une intensification des conflits entre cités-États, suggérant que la raréfaction des ressources a exacerbé les rivalités politiques. L'effondrement ne fut pas uniforme; les centres dotés d'accès plus fiables à l'eau, notamment ceux proches de fleuves pérennes ou de lacs, ont mieux résisté que ceux dépendant uniquement de l'eau de pluie stockée, démontrant l'importance de la diversité des stratégies adaptatives.
Les variations climatiques et l'abandon des colonies vikings au groenland
L'établissement puis l'abandon des colonies vikings au Groenland représente un cas fascinant d'adaptation puis d'échec face aux changements climatiques. Fondées par Erik le Rouge vers 985 durant l'Optimum Climatique Médiéval – une période de réchauffement dans l'Atlantique Nord – ces colonies se sont développées pendant près de 500 ans avant de disparaître au milieu du XVe siècle, coïncidant avec l'intensification du Petit Âge Glaciaire.
Les analyses paléoclimatiques basées sur les carottes glaciaires et les sédiments marins montrent que les colons sont arrivés pendant une période exceptionnellement favorable, mais ont dû faire face à un refroidissement progressif. Les données archéozoologiques révèlent une évolution des stratégies de subsistance, avec un passage graduel de l'élevage traditionnel scandinave (bovins, moutons) vers une dépendance accrue aux ressources marines, notamment les phoques, témoignant d'efforts d'adaptation aux conditions changeantes.
Cependant, plusieurs facteurs ont limité la résilience de ces communautés: l'attachement culturel à une identité européenne, limitant l'adoption de technologies inuit mieux adaptées à l'environnement arctique; l'isolement croissant dû à la diminution du trafic maritime avec l'Europe; et les contraintes imposées par les structures sociales hiérarchiques, avec une élite consacrant des ressources importantes à la construction d'églises et au maintien de modes de vie européens peu adaptés au contexte local. Cet exemple illustre comment les facteurs culturels et sociaux peuvent entraver l'adaptation même lorsque des solutions techniques existent.
L'événement climatique de 4200 BP et l'effondrement des premières dynasties mésopotamiennes
Vers 2200 avant notre ère, un événement climatique majeur caractérisé par une aridification rapide et sévère a affecté une vaste région s'étendant de l'Atlantique Nord à l'Asie de l'Est. Cette perturbation, connue sous le nom d'événement climatique de 4.2 kiloannum (4200 BP), coïncide avec l'effondrement de plusieurs civilisations, notamment l'empire d'Akkad en Mésopotamie, l'Ancien Empire égyptien et les premiers établissements urbains de la vallée de l'Indus.
En Mésopotamie, l'analyse des sédiments marins du Golfe d'Oman, des pollens fossiles et des dépôts éoliens révèle une